Une succession faite de bois dur

Résumé

En Afrique centrale, dans la région des Grands Lacs, mercenaires, barbouzes, fonctionnaires occidentaux corrompus et chefs de guerre cupides s’en donnent à cœur joie, détruisant impitoyablement un pays et ses habitants. Les hommes droits, comme Egbéblé, chef de village qui veut venger sa fille, ou Pelletier, ingénieur agronome qui fourre son nez où il ne faut pas, ne sont que des pions sacrifiés sur l’autel du pouvoir et de l’argent. Même les exploiteurs et les comploteurs minables, manipulés par plus puissants qu’eux, ne sortiront pas indemnes du cœur des ténèbres, et le lecteur assiste, impuissant et révolté, au délitement de l’âme et du monde.

Mon avis

Succession est le deuxième roman de Patrick Cargnelutti ; difficile de succéder à Peace and death qui était un très bon roman noir policier.

Dans ce nouveau roman, il est question de l’exploitation (parfois illégale) du bois dans une dictature imaginaire d’Afrique. Il est aussi question, de la France-Afrique, des rapports entre politique et économie, de toutes les formes de successions possibles: prendre la place de son père à la tête d’une entreprise, prendre la place de l’ancien président de la République, destituer un dictateur pour prendre sa place, prendre la place de son père pour assouvir sa vengeance…
Patrick Cargnelutti tisse, avec ironie et humour, une toile très dense d’intrigues reliées les unes aux autres en une histoire commune.
Succession entraîne le lecteur au cœur de l’Afrique, dans ces forêts denses et impénétrables où toutes les magouilles sont possibles.
Réaliste jusque dans ses plus petits détails, Succession est bien plus qu’un simple roman, c’est un plaidoyer pour l’Afrique, la nature, la planète.

L’auteur

Patrick Cargnelutti vit à Carhaix (29). Passionné de musique, de littérature et de peinture, il s’intéresse la politique et à l’écologie. Ancien infirmier en psychiatrie, après de nombreux engagements associatifs, il co-fonde en 2013 le webzine littéraire Quatre Sans Quatre et crée l’émission de radio « Des polars et des notes ». Auteur de Peace and Death (Jigal Polar, 2017), il est lauréat du prix Dora-Suarez de la nouvelle 2017 pour « Amin » (Enfantillages, AO).

Succession, Patrick Cargnelutti, Piranha noir, 368 pages, 20,90€

Roman noir au Kenya

Résumé

Alors que, nuit et jour, Nairobi feule de plus en plus fort, Cœur léger, policier sans police, et son amie Jane, brillante reporter au Daily Nation, Demande à la savanepartent dans le Samburu Park au nord du Kenya, enquêter sur un nouveau massacre d’éléphants. C’est alors qu’ils tombent sur un carnage d’un tout autre genre : celui d’écoliers d’un pensionnat en lisière du parc, assassinés par un groupe armé venu de Somalie. Dans cette poisseuse savane, tombent les mangues et les dernières illusions… Complicité des gardes ? Naïveté des donateurs ? Braconniers assoiffés de dollars ? Spéculation sur l’ivoire en partance pour la Chine ? Seule la savane sait… Surtout lors des nuits de pleine lune, quand barrit sans cesse un jeune éléphant solitaire et désorienté…

Un jour défait, blanc, finit de se lever. L’air sent le métal surchauffé, celui des balles, celui de la tronçonneuse, une odeur de peau et de poils brûlés.

Mon avis

Court, incisif, Demande à la savane ne fait pas dans le détail.
C’est voulu. Jean-Pierre Campagne en a décidé ainsi.
Le Kenya passe pour être le paradis des animaux sauvages, protégés dans un grand parc. Malheureusement, la mondialisation rattrape ce havre de paix pour les animaux. Les Européens, les Chinois, tout le monde en veut à ce pays et à ses richesses.
Cœur Léger doit enquêter sur un massacre d’éléphants dans le Samburu park.
Mais il est rattrapé par un autre genre de massacre : un groupe de terroristes a assassiné les écoliers d’un pensionnat près du parc.
Rapidement, les deux affaires se rejoignent, et Cœur Léger se retrouve un plein milieu de cette enquête.
Tenant presque du journal de bord, Demande à la savane va à l’essentiel pour marquer profondément les esprits par son réalisme et son actualité brûlante.

Demande à la savane, Jean-Pierre Campagne, Jigal Polar, 152 pages, 17 euros.

Le festin de l’aube, Janis Otsiemi

Résumé de l’éditeur

Le festin de l'aube, Janis Otsiemi
Flics et gendarmes doivent s’épauler pour tenter de déjouer la conspiration.

En pleine nuit et sous une pluie tropicale, une femme surgie de nulle part vient se jeter sous les roues de la voiture du lieutenant Boukinda. Bouleversé par ce tragique accident, il veut savoir d’où sort cette inconnue, d’autant que son décès semble plutôt suspect…

Au même moment, à quelques kilomètres de là, plusieurs individus pénètrent dans un camp militaire et s’emparent de nombreuses armes et d’un stock d’explosifs. Plus tard, c’est dans une ville en ébullition, gangrénée par la violence et la pauvreté, qu’un braquage sanglant transforme le quartier en zone de guerre… Les forces de sécurité, en alerte maximum, sont à la recherche de truands visiblement déterminés. Et c’est tout à fait par hasard que ces deux affaires, apparemment sans aucun rapport, vont se télescoper et révéler un terrible complot… Sur fond de haine, de repli identitaire et de crise électorale, flics et gendarmes vont alors devoir s’épauler pour tenter de déjouer cette conspiration…

L’auteur

Janis Otsiemi est né en 1976 à Franceville au Gabon. Il vit et travaille à Libreville. Il a publié plusieurs romans, poèmes et essais au Gabon où il a reçu en 2001 le Prix du Premier Roman gabonais.

 

Mon avis

Une nouvelle fois, Janis Otsiemi délocalise le roman policier au Gabon. Entremêlant les enquêtes des policiers et des gendarmes, il développe une intrigue complexe sur fond de crise politique. L’Afrique est là, dans ce roman dynamique, la francophonie est aussi bien là. Et c’est un bonheur de lire ce français “d’ailleurs” si riche.

Janis Otsiemi est un auteur à suivre. Ses nombreux romans montrent un écrivain puissant qui, au fil de son écriture, explore les limites et les fractures de la société gabonaise.

 

Note bene: Pour les curieux de la francophonie, il existe un petit livre, Casse-moi l’os (Le livre de poche, 2017, 5,30 €), qui passe en revue 180 expressions que l’on utilise du Cameroun au Québec, d’Haïti au Luxembourg, en passant par la Suisse, la Belgique, la France, la Côte-d’Ivoire et les Antilles.