Résumé de l’éditeur

Comme des chevaux fourbus, paysans et ouvriers, jeunes et vieux, médecin et infirmière, abandonnés de tous, s’accrochent à leur terre désolée et résistent jusqu’au bout de leurs forces. 
1985. Cyprien Minier-Bartho, médecin urgentiste, reprend le cabinet d’un médecin de campagne mort prématurément. Sa femme, infirmière, et lui s’installent dans une routine harassante, au fin fond de la province : visites à domicile, consultations au cabinet, urgences…

2018. Cyprien Minier-Bartho, médecin généraliste atteint d’un cancer, refuse de se soigner et prépare sa sortie. Il fait sa dernière tournée la veille de Noël sur fond de fermeture d’usine et d’occupation de rond-point. La campagne se meurt, comme les vieux paysans ignorés du pouvoir central. À la fois résignés et résolus, ils n’ont qu’une peur, c’est d’abandonner leur terre et d’être emmenés finir leurs jours aux Guerrets. Le généraliste les comprend : il prendra soin d’eux jusqu’au bout… de ses forces… et des leurs.

Mon avis

Patrick Cargnelutti poursuit sa route d’écrivain avec ce nouveau roman, pas très loin de Balzac, qui voulait identifier les « espèces sociales », Patrick Cargnelutti les caractérise dans leur essence par le biais de la vie de Cyprien Minier-Bartho, médecin urgentiste devenu généraliste à la campagne. Le mot est lâché : campagne ! L’endroit privilégié de certains pour leurs résidences de vacances, loin du tumulte de la vie quotidienne, mais en voie de désertification, d’appauvrissement pour les autres. Ceux qui vivent là toute l’année.
« La Société ne fait-elle pas de l’homme, suivant les milieux où son action se déploie, autant d’hommes différents qu’il y a de variétés en zoologie ? », Balzac, La Comédie humaine, Avant-propos.

Patrick Cargnelutti, fidèle à lui-même dresse un paysage contrasté entre les « locaux » et « ceux d’ailleurs ». Cyprien a été tour à tour l’un deux. Aujourd’hui, à l’heure ultime, en une sorte de bilan, ce roman remonte le fil du temps pour nous montrer l’évolution de cette histoire française, celle des ruraux, oubliés de la capitale et des métropoles.
Revenant à intervalles réguliers, comme il l’a déjà fait dans ses précédents romans, l’auteur nous invite à cet état des lieux avant liquidation.
J’ai retrouvé son style inimitable, mélange de lyrisme et de piques bien envoyées là où ça fait mal.

Voyageant entre passé et présent, comme dans tous ses romans, Patrick Cargnelutti dresse le portrait d’un homme et d’une société où l’histoire personnelle est aussi l’histoire de tous.

Jusqu’au bout, Cyprien, Patrick Cargnelutti, Piranha, 272 pages, 19€