Polar, thriller, roman noir...

Mois : septembre 2016

Mettez-vous à table à Templemars le 24 septembre

Alors comme polar et gastronomie font bon ménage, venez à la rencontre de ces deux mondes où meurtres, saveurs, enquêtes et recettes se mélangent. Pour cette thématique «Polar et gastronomie», la médiathèque proposera toute une série de romans où la qualité descriptive des textes mettront l’eau à la bouche des lecteurs à travers une multitude de livres recettes mises à disposition.

Ce vendredi 23 septembre, à 20h, à la Médiathèque Noël Dejonghe, Stéphane Bourgoin animera une conférence sur les « Cannibales lecteurs, les tueurs cannibales ». Expert sur le sujet, il retracera la vie de tueurs en série. L’écoute de ces histoires vraies frappera les esprits et provoquera chez les lecteurs de vraies sueurs froides. (Entrée gratuite – public adulte)

Samedi 24 septembre, salle Henri Desbonnet, de 10h à 18h (Entrée gratuite), journée rencontres et dédicaces avec 34 auteurs de romans policiers. 18 auteurs nationaux, essentiellement des têtes d’affiches : Pieter Aspe, Frédéric Andreï, Stéphane Bourgoin, Gilles Caillot, Johann Étienne, Olivier Kourilsky, Dominique Manotti, Mallock, Éric Maravelias, Sandra Martineau, Martine Nougué, Olivier Norek, Lionel Olivier, Gaëlle Perrin, Stanislas Petrosky, Fabrice Pichon, Pierre Pouchairet et Jacques Saussey.

Seize auteurs régionaux Jean-Pierre Bocquet, Lucienne Cluytens, Jean-Marc Demetz, Laurence Fontaine, Maxime Gillio, Jess Kaan, Blandine Lejeune, Magali Lemaître, Jean-Christophe Macquet, Yvon Leroy, Éléna Piacentini, Christophe Piteux, Patrick St-Vast, Alex Türk , Michel Vigneron et Philippe Waret.

Les entrées aux conférences et au salon sont gratuites. salon du polar à templemars Le polar se met à table Pour cette neuvième édition, le salon du Polar se «met à table». Préparations et dégustations de petits plats sont les ingrédients indispensables aux meilleurs suspenses.

Un auteur au service d’un mercenaire : rencontre avec Fabien Cerutti

Fabien Cerutti est l’auteur d’une épopée romanesque mêlant habilement Histoire de France et fantasy. Son héros, Pierre Cordwain de Kosigan, fait désormais partie de la lignées des personnages incontournables de la littérature de l’imaginaire.
 Fabien Cerutti est agrégé d’histoire et enseigne en région parisienne. Il passe une partie de sa jeunesse en Guyane et en Afrique et se passionne très tôt pour les cultures de l’imaginaire et les médias interactifs, dont le jeu de rôle et le jeu vidéo. Inspiré par le Trône de fer qu’il considère comme une œuvre majeure, il commence par inventer des scénarios pour le jeu en ligne Neverwinter Nights se déroulant dans l’univers du Bâtard de Kosigan.
 Rencontre avec l’auteur.
Comment êtes-vous venu à l’écriture ? 
fabien

« Fantasy et histoire ne sont pas si éloignés que cela l’un de l’autre : la fantasy puise une bonne partie de ses références dans le Moyen-Âge réel, notamment en ce qui concerne le bestiaire merveilleux et les tactiques de combat »

Longue histoire… Je connais le plaisir d’écrire depuis l’époque du lycée mais les choses sont devenues sérieuses pour moi il y a une dizaine d’années lorsque j’ai commencé à concevoir des scénarios pour le jeu de rôle informatique Neverwinter Nights. Six aventures réalisées en cinq ans, l’équivalent d’un roman à chaque fois en termes de dialogues et de possibilités à choix multiples. À la suite de quoi plusieurs joueurs qui avaient particulièrement apprécié l’aspect littéraire de la chose m’ont conseillé de me diriger vers la bande dessinée pour faire survivre le héros de cette saga : un chevalier mercenaire bourguignon surnommé le « Bâtard de Kosigan ». Le projet BD a été à deux doigts d’aboutir avec un beau contrat à la clef, malheureusement le dessinateur n’a jamais dessiné… J’ai réalisé que je ne serais sans doute jamais aussi bien servi que par moi-même, j’ai donc pris mon courage à deux mains et me suis lancé. Ce qui en définitive me paraît être pour le mieux puisque le roman permet des développements, une richesse et des subtilités dont la bande dessinée, malgré ses immenses qualités, ne peut que rêver.

Concernant le Bâtard de Kosigan, quelle est votre source d’inspiration? 

c1-batard-de-kosiganJe n’ai pas de source d’inspiration, on parlerait plutôt d’influences multiples. Des auteurs traditionnels de littérature imaginaire comme Roger Zelazny, A.E. Van Vogt, Jack Vance, Philipp José Farmer, Ursula Le Guin, J.R.R Tolkien ou G.R.R. Martin, mais également d’autres plus classiques, comme Alexandre Dumas, Walter Scott, Ian Flemming, Edgard Rice Burrough, Jules Verne et même Borgès pour son jeu constant entre réalité et invention.

Ces deux romans mêlent habilement la fantasy et l’Histoire de France. Comment avez-vous décidé de mélanger des deux genres a priori éloignés l’un de l’autre ? 

D’abord j’ai eu la chance d’avoir un professeur d’histoire du nom de Perceval en classe de cinquième, j’ai suivi sa voie et suis devenu à mon tour professeur agrégé, mais j’adore également les mondes de l’imaginaire depuis qu’un ami m’a fait découvrir les aventures de Tarzan à l’âge de onze ans, un autre le monde des non-aristotéliciens de Van Vogt l’année suivante et qu’en définitive j’ai mis la main sur la série du Seigneur des anneaux.
Selon moi, fantasy et histoire ne sont pas si éloignés que cela l’un de l’autre : la fantasy puise une bonne partie de ses références dans le Moyen-Âge réel, notamment en ce qui concerne le bestiaire merveilleux et les tactiques de combat, en revanche elle a gommé une bonne partie des structures sociales de l’époque et le poids si important de la religion chrétienne. Et puis, si l’on fouille un peu dans les corpus de textes médiévaux on se rend compte que de nombreux seigneurs, papes ou rois, ont produit des lois et des décrets pour réglementer l’usage de la magie ; au Moyen-Âge, la plupart des gens y croyait dur comme fer et l’Inquisition a fonctionné à plein régime durant des siècles…
Je suis parti de ce constat et ai fabriqué un postulat tout simple : et si tout cela avait été vrai ? Et si, à un moment donné, on avait tout simplement éliminé de l’histoire officielle l’ensemble de ce qui pouvait correspondre aux races et aux pouvoirs anciens, faisant passer tout cela au rang de légendes ? Mon idée était née et par extension celle de faire pénétrer la réalité dans ce genre de récits imaginaires.

On retrouve dans ces romans un personnage haut en couleur, rassemblant les caractéristiques d’un espion, d’un aventurier, d’un chevalier, le Bâtard de Kosigan. Comment avez-vous créé ce personnage ?

La réponse rejoint mes sources d’inspiration : de Corwin d’Ambre à c1-batard-2-bd-ok-732x1024Ivanhoë, de Tarzan à James Bond en passant par les personnages de Jack Vance ou de Philipp José Farmer, les héros que j’apprécie sont forts mais surtout malins, intelligents, habiles et pleins d’humour. Je ne suis pas un grand partisan de cette mode qui fait que depuis quelques années un bon héros doit forcément avoir une grosse faiblesse. Dans le cas présent, la plus grande fragilité du Bâtard de Kosigan, c’est son propre pouvoir, qui lui fait prendre parfois des risques inconsidérés et qui lui fait subir des souffrances que le commun des mortels ne pourrait même pas imaginer.

Deux aventures sont enchevêtrées dans ces romans. Celle qui se déroule au XIVe siècle et celle qui débute au XIXe. Ces deux aventures se renvoient continuellement l’une à l’autre. Les avez-vous écrites en même temps ? Pourquoi ne pas avoir écrit un nouveau livre avec celle qui se déroule au XIXe ?

Oui, les histoires se répondent, un peu au début, puis de plus en plus au fur et à mesure des tomes : on suit d’un côté les péripéties et les aventures tumultueuses du chevalier de Kosigan, mercenaire de haute volée au service des plus grandes maisons européennes au XIVe siècle et puis celle de son lointain descendant, cinq siècles plus tard, archéologue et historien en quête de réponses. Il s’agit d’une véritable mise en abîme de l’Histoire qui, à mon sens, enrichit énormément le propos de la série toute entière. Quant à séparer ces deux lignes temporelles dans deux livres différents à chaque fois, je ne pense pas que cela soit pertinent, un peu comme faire un tableau de mer d’un côté, un tableau de soleil de l’autre et expliquer au final qu’on a une oeuvre sur le soleil couchant.

Y a-t-il des auteurs qui vous ont influencé ?

Ah ! On dirait bien que j’ai déjà répondu à cette question… J’ajouterai peut-être Lois Mac Master Bujold et sa saga sur Miles Vorkosigan (puisque le nom de mon héros vient de là). À l’origine, le premier épisode que j’ai réalisé avec celui que l’on surnomme « le Bâtard » le mettait en scène lors de son retour dans son comté natal : plus intelligent que les autres mais mal vu de tous, il devait tirer son épingle du jeu dans un environnement difficile, notamment en jouant sur son charme et son habileté dans ce qu’on pourrait appeler les relations humaines. Dans un style qui peut, par certains côtés, se rapprocher de celui de Miles Vorkosigan.

Quels sont vos projets ? Un troisième tome ?

Oui, c’est en cours depuis un mois et demi maintenant. Le troisième épisode devrait clore une première trilogie, laquelle devrait à son tour (si on me laisse faire) en appeler une seconde. Et pour finir ces deux trilogies seront suivies par un dernier tome unique pour clôturer l’ensemble de la série. Les grandes lignes sont déjà claires pour moi, il ne reste plus qu’à tourner tout cela de façon intéressante et enlevée, malheureusement c’est bien sûr ce qu’il y a de plus compliqué !

Rencontre avec Mallock : le polar droit au cœur

Mallock est le nom de plume de Jean-Denis Bruet-Ferreol, écrivain, musicien, peintre… Mallock est aussi le nom du héros récurrent de ses romans : le commissaire Amédée Mallock.

 
L’année 2014 a été, sans conteste, l’année Mallock avec la parution des Larmes de Pancrace, chez Fleuve noir, et la réédition de ses deux premiers romans chez Pocket : Les visages de dieu et Le massacre des innocents.mallock visages de dieu
Les amateurs de romans policiers bien ficelés ont été comblés. Car la plume de Mallock est bel et bien inimitable. Les intrigues qu’il concocte sont tortueuses à souhait et ne laissent aucun répit au lecteur. Si bien que l’on se retrouve plongé dans ses romans sans avoir la possibilité de refermer le livre avant la fin. Mallock, c’est aussi un style qui fait mouche, précis, net, mais plein de poésie et de cette délicatesse que l’on trouve peu dans les romans policiers. Un roman de Mallock, c’est un peu comme une confiserie délicieusement empoisonnée. Rencontre avec un auteur aussi agréable à lire qu’à rencontrer. 

La nouvelle édition de Massacre des innocents est parue en septembre 2014. Elle suivait la réédition, en mai, de ton premier roman Les visages de dieu, peux-tu revenir sur la genèse de ce roman ?
La nouvelle édition de Massacre des innocents, comme cela a été le cas pour la

Mallock, écrivain, musicien, peintre… créateur de Mallock, commissaire bourru, très attachant, à découvrir.

Mallock, écrivain, musicien, peintre… créateur de Mallock, commissaire bourru, très attachant, à découvrir.

première « Chronique barbare », Les Visages de Dieu, a été pour moi l’occasion de tout un travail de mise à jour du roman. Outre les repentirs et la mise à jour de certains éléments suite à l’écriture des tomes suivants, j’aime à profiter de ces sorties en poche pour faire à mes lecteurs (souvent également des personnes qui le rachètent pour le relire) des surprises. Le grand format est alors très légèrement « raboté » pour lui donner encore plus de pertinence et de rapidité, comme un modèle de voiture de course dont on retravaillerait l’aérodynamisme. Puis je rajoute des scènes qui, soit me sont venues après, soit avaient été mises de côté pour ne pas trop allonger le livre. On est alors assez proche de la « Director’s cut » dont on parle au cinéma. Par exemple et pour être plus clair : dans le Massacre qui sort chez Pocket, il y aura, notamment, toute une série de chapitres concernant une piste non évoquée lors du grand format : « Le Mal des Ardents »!

C’est le deuxième roman de Mallock (aussi bien l’écrivain que le personnage). Avais-tu dans l’idée dès l’écriture des Visages de Dieu d’en faire une série avec le commissaire?
Avais-je tout prémédité ? Oui, votre honneur. Dès le tout premier livre, le concept de chronique barbare préexistait. L’ennéalogie était alors septologie. Le prochain grand format sera le numéro 5, donc le centre de l’oeuvre. Les « Chroniques barbares » forment un tout, une tentative d’écrire une « Comédie (in)humaine » sous le mode policier, décrivant les différentes raisons et facettes que peut prendre le mal chez l’Homme et qui le conduise inéluctablement à la barbarie. Mais, chacun de ces « thrillers baroques » est écrit indépendamment de la série, chaque histoire étant parfaitement autonome, afin de pouvoir être lu dans n’importe quel ordre.

Dès les Visages, le lecteur entre directement dans l’histoire de Mallock : la tragédie de la perte de son fils… As-tu déjà pensé à revenir sur cet événement dans un roman ? Je pense notamment à Indridason qui a écrit un roman sur les débuts de Erlendur Sveinsson, son personnage récurrent, ou encore à Wallander, de Henning Mankell.

En effet, si le temps m’est donné, j’ai prévu, non pas un mais trois livres, une trilogie-préquelle, que j’écrirai à la fin des neuf tomes. Le dernier des trois romans se Mallock massacre innocentsterminant par Mallock revenant des États-Unis et apprenant de la bouche de son supérieur, la mort de Thomas, ce qui raccroche l’ensemble au roman Les visages de Dieu. Donc 12 livres en tout.

Tes premiers romans n’ont jamais été publiés ?
J’ai en effet trois romans terminés que je n’ai pas voulu envoyer aux éditeurs. Trop… « exigeants », ils ne seront éditables que si mon nom en est le garant commercial.

Avant les Visages, j’ai écrit une bonne demi-douzaine de livres, mais je ne les trouvais pas assez aboutis, et c’est bien les Visages qui ont été mon premier envoi aux éditeurs. Cinq éditeurs, trois réponses favorables : j’ai choisi Le Seuil. En 2008, j’ai racheté mes droits. En 2012, Pocket est tombé dessus et m’a fait signé un contrat pour les Visages mais aussi pour le Massacre, parallèlement, je signais avec eux un contrat pour les suivants en grands formats.
Les Visages sont sortis en italien en septembre 2014, puis seront publiés aux États-Unis et en Angleterre en anglais au printemps 2015. J’ai présenté ma « septologie » dont Le cimetière des hirondelles déjà traduit, en juillet dernier à Londres.

Comment es-tu venu à l’écriture ?
Il ne me semble pas y être venu, j’ai l’impression d’y être né. Depuis les tous premiers cours de français à l’école, et les rédactions. À 20 ans, j’avais terminé mon premier roman (détruit, brûlé et mangé depuis). Et je n’ai jamais arrêté. Matin et soir, tous les jours…

Tu peins, tu fais de la musique, tu écris… Comment trouves-tu le temps pour toutes ces activités ?
Je ne peux pas m’en empêcher. C’est une sorte de maladie, ou plutôt, comme dirait Bradbury: « Un remède à la mélancolie ». Si je ne créé pas, je dépéris. Quant au temps qu’il faut dégager, ce n’est pas un problème, on en perd beaucoup devant des écrans futiles. Et puis, la seule chose importante, c’est l’énergie ! Et/ ou la motivation. Ce sont là des moteurs essentiels, bien plus que le talent. Ça, et une petite folie intérieure.

Y a-t-il des auteurs qui t’ont influencé ?
Il me faut préciser que je ne lis plus depuis une bonne vingtaine d’années. « Lire ou écrire, il faut choisir », c’est un problème de temps. Cependant, je peux citer, dans mes influence d’avant, Céline, bien entendu, Lovecraft, Albert Cohen, Bradbury, Jean Ray, Edgar Poe et, dans le genre qui nous intéresse : Thomas Harris.

Comment trouves-tu tes idées ? Et comment les travailles-tu?
Tant que je n’ai pas trouvé une idée, vraiment originale, « l’Idée » pleine de potentiel, passionnante et surprenante, je ne commence pas. C’est une recherche permanente. Une fois trouvée et « maturée » en cave pendant trois à cinq ans, je commence à en tirer un plan général, lui aussi soumis à l’épreuve de la « mise en garde ». Puis vient l’année du plan détaillé et des recherches. Suivie de l’année d’écriture, puis d’un an de relecture (3 versions) pendant laquelle je «hante» le livre, et le charge de tous les maléfices possibles !

 

Mallock, écrivain, musicien, peintre… créateur de Mallock, commissaire bourru, très attachant, à découvrir.

Liste des 35 auteurs de Templemars 2016

Frédéric Andréi (1re particip.)

Pieter Aspe (1re particip.)

Jean-Pierre Bocquet

Stéphane Bourgoin

Gilles Caillot (1re particip.)

Lucienne Cluytens

Jean-Marc Demetz

Nicolas Duplessier (1re particip.)

Johann Étienne

Laurence Fontaine

Sophie Jomain (1re particip.)

Jess Kaan

Olivier Kourilsky

Magali Le Maitre (1re particip.)

Yvon Le Roy

Blandine Lejeune

Jean-Christophe Macquet

Mallock (1re particip.)

Dominique Manotti (1re particip.)

Éric Maravelias (1re particip.)

Sandra Martineau

Olivier Norek

Martine Nougué (1re particip.)

Lionel Olivier

Gaëlle Perrin

Stanislas Petroski

Elena Piacentini

Fabrice Pichon (1re particip.)

Christophe Piteux (1re particip.)

Pierre Pouchairet (1re particip.)

Jacques Saussey

Alex Türk (1re particip.)

Patrick-S. Vast

Philippe Waret

Luc Watteau

La filière afghane, Pierre Pouchairet

Résumé : Alors que la France est la cible d’actes terroristes, Gabin, Marie et leurs La filière afghanecollègues de la PJ enquêtent sur des dealers qui opèrent dans une cité de Nice. Après l’identification d’un réseau structuré et multicarte, les investigations vont remonter jusqu’en Afghanistan. Là-bas, entre le retrait des forces internationales et la succession d’Hamid Karzai, une page est en train de se tourner dans une ambiance délétère. Et c’est dans un climat de suspicion et de corruption généralisée doublé d’une violence aveugle que le flic niçois va découvrir les liens entre trafic de drogue et terrorisme ! De Nice à Kaboul, du Helmand aux Pyrénées s’engage alors, pour Gabin et son équipe, une traque impitoyable pour éviter le pire…

Mon avis : Quand fiction et réalité marchent main dans la main. La filière afghane est un roman, mais en est-on si sûr ?
Pierre Pouchairet n’en est pas à son coup d’essai dans le style de thriller réaliste. On lui doit déjà un polar niçois: Coke d’Azur puis Une terre pas si sainte qui se déroule en Palestine.
Après les attentats de Paris, ce roman donne à réfléchir, mais il ne faut pas oublier que c’est une fiction et un divertissement, et l’auteur réussit à tenir en haleine le lecteur tout au long de l’histoire. Ce roman fait incontestablement partie des romans qu’il faut lire !

La filière afghane, Pierre Pouchairet, Jigal éditions, 272 pages, 18,50 euros

L’expérience du terrain au service de l’écriture. Rencontre avec Pierre Pouchairet

Pierre Pouchairet est un ancien commandant de la Police Nationale qui a bourlingué en Afghanistan et les pays d’Asie Centrale. Il trouve son inspiration pour ses romans dans la géopolitique.
Quel est votre parcours jusqu’à l’écriture ?
Pierre Pouchairet

« C’est toute cette expérience professionnelle qui me permet d’illustrer mes livres. »

Si vous voulez parler de mon parcours professionnel en tant que policier, j’ai commencé comme inspecteur de police en 1981, affecté à la Police judiciaire de Versailles, au groupe criminel. Rien de plus formateur au niveau de la procédure et des techniques d’enquête. Ensuite j’ai continué, toujours en PJ, à Nice, une antenne de Marseille. Cette fois, dans un groupe chargé de la lutte contre le trafic de drogue. J’y suis resté douze ans. Des années particulièrement riches. Le Sud c’est le paradis pour un jeune flic qui a envie de bosser et les Stups c’est tout le contraire de la criminelle. La crime, on attend dans son bureau que le téléphone sonne et vous annonce la découverte d’un cadavre… Et toute une machinerie se met en branle. Les stups. Il faut se bouger pour trouver l’affaire sur laquelle on va enquêter, avoir des informateurs, un renseignement concernant un trafic, des dealers… Et là on commence à enquêter sans savoir à l’avance si on va matérialiser l’infraction, saisir de la drogue, arrêter les trafiquants. Que de souvenirs de cette période ! Des dizaines d’interpellations, parfois mouvementées. De très bons souvenirs et quelques drames.
J’ai ensuite goûté à une première expatriation à Beyrouth, trois ans et autant à Ankara. Il s’agissait de représenter l’OCRTIS (Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants) à l’étranger. Travailler sur les trafics en amont, coopérer avec les polices locales, c’est un tout autre boulot. À l’étranger, tout est question de diplomatie. On ne peut rien exiger des collègues locaux comme on le fait dans son pays. Obtenir un renseignement, une assistance, nécessite d’avoir de bons contacts… Une bonne connaissance du pays, des gens, de son administration… Doigté, patience, persévérance… En 2004, je suis rentré en France pour deux ans à Grenoble où j’ai été chef de la section criminelle avant de repartir pour l’étranger. Quatre ans et demi à Kaboul, un travail pas toujours facile, de la coopération technique : travailler à la reconstruction de la police Afghane, organiser des formations, fournir de l’aide logistique (matériel, construction de bâtiments) et puis un travail opérationnel recueillir des informations sur les trafics (et ils sont nombreux), le terrorisme, les enlèvements de français.
En 2010, j’ai quitté Kaboul pour Almaty (Kazakhstan) où je couvrais les pays d’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Kazakhstan et Tadjikistan). Nouvelles expériences, nouvelles mentalités.
En 2012, j’ai décidé de prendre ma retraite et de rejoindre ma femme qui travaillait en Palestine comme directrice du Centre culturel français de Naplouse, en Cisjordanie.
C’est toute cette expérience professionnelle qui me permet d’illustrer mes livres.
L’écriture… J’ai coutume de dire que lorsqu’on est flic, en police judiciaire, encore plus comme attaché dans les ambassades, on écrit déjà beaucoup. C’est donc venu presque naturellement. D’abord l’envie de raconter l’Afghanistan. Écrire un témoignage là-dessus m’a permis de comprendre a quel point la vie là-bas était hors norme, les risques, les enjeux. Sur place, le nez dans le guidon, on ne se rend pas compte de tout ce que l’on vit au quotidien. On banalise les choses. Après cela un premier polar niçois, Coke d’Azur puis Une terre pas si sainte qui se déroule en Palestine et La filière afghane.

Ce roman est troublant de réalité. Vous l’avez pourtant terminé en octobre 2014, soit quelques mois avant l’attentat de Charlie Hebdo et ceux qui ont suivi. Comment vous est venue l’inspiration pour écrire La filière afghane?

Déjà avec Charlie Hebdo, et maintenant après les événements du 13 novembre, mon roman colle effectivement tristement à la réalité. Mon expérience du Moyen-Orient et de l’Afghanistan m’ont permis de bâtir mon récit. La montée du fanatisme religieux, même si on en parle assez peu, est aussi une menace qui pèse sur l’Asie Centrale. Le Kazakhstan est régulièrement secoué par des attentats sanglants. Quand j’étais à Kaboul, puis Almaty, j’ai représenté plusieurs fois la France La filière afghanedans des réunions internationales portant sur la lutte contre le terrorisme, ce qui m’a permis d’avoir une assez bonne connaissance des menaces ainsi que des techniques d’endoctrinement. Et puis, même si je ne suis plus flic, j’ai encore de bons contacts dans les Alpes-Maritimes, un département particulièrement touché par les départs de jeunes vers la Syrie. Pour le reste, le résultat : les attentats en France. Mon livre, même s’il apparaît prémonitoire, ne fait qu’exprimer ce à quoi on pouvait s’attendre. Et nous n’en sommes qu’au début.
Dans ce bouquin j’utilise toute mon expérience de l’Afghanistan et de mon métier de flic. Les personnages, les lieux décrits, tout est presque réel. Je décris des attentats dont j’ai été témoin ou sur lesquels j’ai travaillé, des lieux dans lesquels j’ai vécu, travaillé, des personnes que j’ai côtoyé. Il ne s’agit pas d’un livre « documenté » mais vraiment d’un retour d’expérience personnelle et professionnelle.

Alors que cette guerre contre le terrorisme et le fanatisme est plus que jamais d’actualité, vous montrez comment les forces de police française se trouvent désormais liées au terrorisme international et au trafic de drogue. Comment avez-vous abordé ces thèmes ?

Le trafic de drogue est le principal mode de financement du terrorisme à travers le monde… Mais l’État islamique bénéficie d’une énorme source de revenus avec le pétrole qu’il revend, par l’intermédiaire de trafiquants, à la Turquie. Mon livre se focalise sur Al-Qaïda et les relations avec les Talibans. Tout le sud de l’Afghanistan est envahi par la culture du pavot. Et l’exploitation des plantes à drogue est intimement liée à l’importance de la rébellion dans ces zones. Combattre le trafic de drogue, c’est effectivement combattre le terrorisme et les Afghans en sont parfaitement conscients. Nul doute que si les forces de l’Otan arrivent à détruire les installations pétrolières de l’État Islamique, le groupe terroriste se retournera vers d’autres trafics et la drogue en premier lieu.
La filière afghane est avant tout un polar. Sous l’aspect ludique qu’offre la lecture d’une fiction, j’essaye de donner au lecteur quelques clés pour comprendre ce qui se passe dans des régions qu’on connaît mal, la montée du djihadisme en France, ainsi que l’importance de la menace. Gabin, mon héros, est un flic habitué à enquêter sur des trafics locaux. Il découvre tout cela en même temps que le lecteur. Lui et son équipe sont parfois dépassés par des événements auxquels ils ne s’attendaient pas. Même si les thèmes paraissent difficiles, j’essaye que mon livre garde un rythme soutenu pour que le lecteur n’ait pas le temps de s’ennuyer. J’espère que c’est le cas.

Quels sont vos prochains projets d’écriture ?

Je suis en train de terminer une suite à Une terre pas si sainte, un polar qui se passait en Palestine. Cette fois, Gabin et son équipe niçoise seront absents. Je laisse le premier rôle à Maïssa, une flic palestinienne et Guy et Dany, deux policiers israéliens. Ce livre va me permettre de continuer de parler de la Cisjordanie et des relations difficiles entre Juifs et Arabes, tout en essayant comme dans le premier polar de ne jamais prendre partie.

À la lumière de ce qui vient de se passer à Paris, votre roman résonne encore avec plus de force dans l’esprit des lecteurs. Un écrivain devient ainsi le porteur d’une actualité et décrit des faits de société avec une réalité troublante. Est-ce un de vos souhaits de coller ainsi à l’actualité ?

Difficile de répondre vu ce qui vient de se passer, difficile d’avoir raison d’imaginer le pire, mais oui, mon souhait est de coller à la réalité, ou plus exactement de faire réfléchir le lecteur sur celle-ci, de lui donner des clés pour comprendre certaines choses… Mais je ne veux pas non plus me cantonner dans ce genre… J’ai envie d’écrire un livre qui ne soit qu’une aventure fiction quelque chose de moins sérieux… On verra pour la suite.

Propos recueillis par Emmanuel Fleury

Cette interview est parue dans le n°50, du 11 décembre 2015, d’Horizons – Nord-Pas de Calais

 

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